Les tables de fête en Espagne : Delicioso !

Les tables de fête en Espagne : Delicioso !

C’est connu : en Espagne on ne badine pas avec la fête, et moins encore quand elle est religieuse ! Du coup, les fêtes de fin d’année se prolongent. Jusqu’au 6 janvier en fait, puisque ce sont les rois mages qui apportent les cadeaux aux enfants. On peut donc parler d’une longue séquence qui démarre avec la nochebuena (littéralement la bonne nuit, le 24 au soir),se poursuit avec la nochevieja (la nuit vieille, la Saint-Sylvestre) pour terminer avec los reyes (les rois). Soyez assuré à cette période de l’année que vous ne quitterez pas la table affamé. Comme chez nous, les espagnols ont à cœur de partager avec les leurs le meilleur d’une gastronomie qui ne manque pas de ressources.

DES TAPAS BIEN SÛR

A tous les coups, on va commencer par picar (littéralement, piquer). Non, pas vous, mais tous ces amuse-bouche qu’on attrape avec un cure-dent, accessoire absolument inévitable du gastronome espagnol, avec ces petites serviettes de papier en distributeur qu’on trouve aux terrasses des bars mais aussi dans tout foyer. L’art des tapas, sur lequel on reviendra à coup sûr, trouve là sa parfaite expression. Les fruits de mer, charcuteries et préparations diverses garniront la table basse le temps -long, forcément long- de l’apéritif. Méfiez-vous néanmoins du foie gras (écrit à la française) : c’est le nom qu’on donne le plus souvent en Espagne aux plus infâmes des mousses de foie bas de gamme… Avant de prendre cela de haut, vérifiez ce qu’ils pensent de notre jambon !

CÔTÉ SALÉ

Passons à table. Certes la dinde n’est pas exclue, ni d’autres volailles. Mais la viande reine, c’est le cordero, l’agneau. Si vous n’avez jamais mangé d’agneau en Espagne, alors il y a de fortes chances que vous n’ayez jamais mangé d’agneau ! La sécheresse des pâtures et les kilomètres à parcourir pour garnir leur estomac garantissent une viande extraordinairement goûteuse et douce. Je garde avec émotion le souvenir d’un repas d’agneau à Séville. Il me donne encore des frissons de bonheur. Le poisson aura, on s’en doute, plus de place que chez nous. Les fêtes de fin d’année, c’est le moment du besugo (la daurade) et de l’angila (anguille), voire des angulas (civelles), aussi délicieuses qu’inabordables.

CÔTÉ SUCRÉ

C’est quand on passe au sucré que l’Espagne se distingue particulièrement pendant les fêtes. Au lieu de Champagne on boira du Cava, et soyons objectif, on ne gagnera pas au change, même si la qualité tend à s’améliorer spectaculairement. Ce mousseux de Catalogne bénéficie aujourd’hui de la créativité et de l’obstination de nombreux éleveurs tendant à lui conférer un caractère propre, mais à mon humble avis, il reste du boulot…

Intéressons-nous donc aux sucreries. Ah, le turrón ! C’est une bombe calorique ? On s’y casse les dents ? Qu’importe, c’est délicieux ! Celui d’Alicante ressemble à un nougat très dur faisant la part belle aux amandes. Cette tablette magnifique résiste au couteau de l’homme fort de la tablée et cède finalement en se cassant selon son bon vouloir plutôt qu’en belles tranches. Rien que pour cela, c’est un symbole du rapport des espagnols à la table. C’est, vous l’aurez compris, mon préféré, au point de considérer celui de Jijona, mou et indéterminé, comme une variante pour ceux ayant des problèmes dentaires.

Mais attendez, on n’en a pas fini : les mazapanes (massepains), glorifiant l’amande à la hauteur de son mérite, se chargeront de combler cet hypothétique petit creux qu’il vous resterait. Finissons avec les polvorones, des sablés si secs qu’on dirait que leur mission est d’éponger tout cet alcool que vous avez bu, à moins bien sûr qu’il ne servent aussi à continuer de boire !

Pour finir, une tradition fort sympathique clôture la saison du raisin : mangez-en un grain à chaque coup de la pendule le 31 décembre à minuit : votre année démarre le palais joliment parfumé !


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